Série réalisée en 2010 à Ambès, Gironde.
Dans une rumeur assourdissante, des nuages de fumées et des jets de vapeurs animaient une architecture de tubes d'acier aux couleurs industrielles. Je pénétrais pour la première fois dans un complexe pétrochimique et, gommant immédiatement toute idée préconçue, je trouvais l'usine belle. Elle était vivante; un géant d'acier à l'haleine âpre qui engloutit des citernes de pétrole dans un puissant vacarme expulse, par je ne sais quelle alchimie, de la poudre de carbone. Aux soins du géant, casqués et bleus, de fragiles hommes contrôlent ses fluides, analysent ses humeurs et sécrétions. Selon un rituel précisément réglé, ils circulent au coeur de ses entrailles exposant leurs vulnérables silhouettes.
Série réalisée en 2003 à Toulouse, Haute-Garonne (France). Emprisonner le temps, celui du sursis d'un mourant, quand bien même serait-ce un bâtiment. Ces photographies commanditées par la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Midi-Pyrénées et la Direction Régionale des Services Pénitentiaires de Toulouse figent à jamais les derniers jours d’activité d'une vétuste maison d'arrêt. Construite en 1870, la "prison" de Saint-Michel a été qualifiée de "honte de la République" par le secrétaire d'État au Programme Immobilier de la Justice. A la fin du mois de Janvier 2003, ses 480 détenus ont été transférés dans la nouvelle maison d'arrêt de Seysses, distante de vingt kilomètres de la ville rose.
Série réalisée en 2004 à l'initiative du Musée Toulouse-Lautrec à Albi, Tarn (France).
D'hier à aujourd'hui, les hommes se font bâtisseurs de ce temps cher au photographe. Sur le chantier de rénovation du Musée Toulouse-Lautrec, il suspend littéralement son vol alors que le béton et l'acier viennent coiffer la brique albigeoise de l'ancien Évêché. À peine révélé par la lumière, le métissage des matières s'opère dans une myriade de tons imprévue. Bien plus qu'une restauration, ce mortier est une soudure, un pont de plusieurs siècles qui unit l'architecture contemporaine audacieuse à la construction médiévale sacrée. Toujours et encore, il n'est ici question que de rencontres paradoxales et de brèves histoires d'arrêt sur images.
Série réalisée en 2008, sud ouest de la France.
Comme toujours, tout commence par quelques détails insignifiants. Ici, des feuilles tombent hors saison ; plus loin un lierre colonise telle devanture ; là-bas une jeune pousse éclate le goudron. Par faible habitude, l’esprit s’accommode de ces agressions. La menace se fait alors plus pressante : les pylônes sont bafoués, les maisons ridiculisées, le béton éclaté. Certains végétaux, par pure provocation anarchique, assurent le déploiement croissant de formes équivoques… D’autres développent des maladies nouvelles, préférant même la mort à l’éventuelle soumission. Ces perversions chlorophyllées tourmentent notre civilisation. Et nôtre laxisme de nous précipiter dans la nuit des temps, au cœur de la jungle originelle, dense chaos carbonifère.
Exposition "Mon oeil" réalisée en 1998 en collaboration avec l'atelier des Arpètes (C.A.U.E de Haute-Garonne, Midi Pyrénées, France).
L’écologie urbaine flotte dans l’air du temps. Cette "science naturelle de la vie en ville" associe rêve de campagne et réalité de l'habitat citadin. Elle questionne la place de la végétation, la qualité atmosphérique, les nuisances sonores, l’urbanisme à échelle humaine... Mais quid de l’image et de la pollution de l’œil ? Entre trop plein de présences et absences visibles, cette exposition interroge la pertinence des panneaux, des enseignes et de publicités. En ville, que voit le citoyen? Ou plutôt, que lui donne t-on à voir ? Et que se masque donc à sa vue ? Des clichés qui accompagnent un regard sur le sens de la route et la route du sens.
Série réalisée en 1993 à Carmaux, Tarn (France).
Lieu d'identité et de mémoire incarnée, l'habitat laisse une empreinte de choix. Les maisons des citées minières sont photographiées en parallèle des portraits de leurs occupants, dont elles constituent le reflet. Ces archives architecturales témoignent de logements imposés en fonction du statut professionnel et du nombre d'enfants. L'intérieur de l'espace à coloniser fait l'objet d'une appropriation plus facile que son extérieur, moins aisé à personnaliser. Ce qui explique la variété de boîtes aux lettres, les couleurs des volets et l'attention portée surtout au jardin, toujours bien différent de celui du voisin.